2012 année phare pour la photographie contemporaine à Paris


© Marc Domage

En novembre dernier Paris était devenu l'espace de quelques jours la capitale mondiale de la photo notamment grâce à deux évènements majeurs, la 1ère édition du  "Mois de la photo à Paris" qui proposait plus de 80 expositions et la 16 ème édition de  Paris Photo.
Retour sur cette foire qui a fortement contribué à faire de Paris une des grandes capitales de la photographie.

Paris Photo à accueilli du 15 au 18 Novembre 2012 au Grand Palais 54157 visiteurs, 128 galeries, 23 libraires et éditeurs (22 pays représentés, dont l'Afrique du Sud, 37 nouveaux participants). Cette 16 ème édition a confirmé la place de Paris Photo, véritable référence, unanimement saluée comme un « hub », une plateforme d’échanges et de rencontres au plus haut niveau de la photographie mondiale. La dimension internationale de Paris Photo a notamment été incarnée par la présence de David Lynch, invité à donner sa vision de la foire grâce au programme Paris Photo vu par…

« Visions africaines », à la Galerie Perimeter art & design


Une pièce de Cheick Diallo

En vous promenant à Paris, dans le quartier d’Odéon, vous pourrez découvrir au premier étage d’un immeuble parisien, la galerie Perimeter, galerie d’art et de design. Actuellement dans cette galerie et jusqu’au 30 décembre, artistes et designers africains sont mis à l’honneur en l’incarnation de Cheick Diallo pour le Mali, de Cyrus Kabiru pour le Kenya, ainsi que le groupement d’artistes sud-africains Ardmore Studio. Ces artistes, nous proposent respectivement mobiliers, installations et céramiques.
Arrivé dans la galerie, aux allures d’appartement parisien, au parquet grinçant brun, et aux murs blancs, nous sommes accueillis par le travail de Cheick Diallo, designer malien, dont le mobilier est fait de métal et de fil nylon, le tout placé dans un environnement dans lequel on se projette. Mis en valeur par l’espace ce mobilier nous fait nous sentir « comme à la maison », donnant au spectateur l’envie de tester ce mobilier fonctionnel bien que principalement étudié sur un aspect décoratif. Designer hors pair, Cheick Diallo, propose un mobilier, visuellement simple, mais très technique dans la conception, parfois très coloré ou unicolore. Dans chaque espace de vie, et quel que soit le décor dans lequel on peut le placer, ce mobilier peut se fondre dans tous les styles d’environnement. Très éloigné du mobilier industriel, chaque pièce de Cheick Diallo, bien qu’elles puissent sembler identiques, sont extrêmement différentes, et ce ne serait-ce que par les matériaux employés, les couleurs variant en fonction du fil de nylon, et la forme en fonction du travail du métal.

Kehinde Wiley "The world stage : France, 1880-1960"




La  galerie parisienne Daniel Templon accueille du 27 octobre au 22 décembre 2012  la première exposition solo en Europe du peintre Kehinde Wiley. Artiste connu et reconnu aux États-Unis, où les villes de New-York, Fort Worth, et Colombus on eu déjà l’occasion de découvrir son travail présenté au cours de différentes expositions. Pour son exposition qui a lieu actuellement en France, Kehinde Wiley a choisi pour titre The world stage : France, 1880-1960 ; titre qui mis en parallèle à son travail sur l’Afrique, nous informe sur le thème réel de cette exposition qui se base sur la ou les relations entre France et Afrique indépendantes suites à une forte colonisation.
Artiste de la confrontation, Kehinde Wiley prend pour sujets des individus ancrés dans une modernité occidentaliste, mais dont le cœur demeure lié à un peuple, une région, un continent ainsi qu’aux traditions reliant le sujet du tableau à sa culture.
D’origine américano-nigériane, ses peintures sont ainsi la matérialisation de son métissage, un métissage qui va au-delà du simple code génétique ou d’une intégration au sein d’une autre culture, c’est une façon de penser et de voir le monde, espace dans lequel les couleurs composant le cercle chromatique se confrontent les unes aux autres, alors même que l’observateur de cet univers se trouve être gris. Avec ses toiles, l’artiste réussit une chose simple, la mise en avant de l’être humain, en tant que pièce unique appartenant à un groupe et non en tant qu’objet fabriqué en série. Il nous présente une humanité pouvant dépendre de l’industrialisation, mais dont elle n’est pas le fruit.

Mario Benjamin @ Maison Revue Noire


Mario Benjamin, sans titre, 122x76 cm, 2009, photo Marc Steed
Mario Benjamin, sans titre, 122x76 cm, 2009, photo Marc Steed

A la Maison Revue Noire, jusqu'au 23 février 2013, il vous est possible d’aller à la rencontre de l’artiste Mario Benjamin, au travers de son œuvre qui nous ouvre les portes à sa vision du monde à l’occasion de sa première exposition personnelle à Paris accompagnée de sa première monographie publiée par Revue Noire.
Une exposition forte en émotion, dans laquelle l’artiste nous offre un regard sur le monde au travers de représentations anthropomorphes qui semblent être dénuées de leur humanité, de ce qui peut faire d’eux des hommes. Il s’agit d’une exposition qui en faisant appel à notre vue se trouve être un écho à toute une liste de mot tel que déshumanisation, colère, abstraction, rêve, douleur, mort…
L’œuvre présentée est également marquante par l’importance que l’artiste donne au regard, considéré comme la porte de l’âme. Tous les portraits composant l’exposition, sont composés d’un intense regard de couleurs qui capte celui du spectateur qui se sent comme pris dans la toile à rechercher ce qui se cache derrière. Ces intensités de regard, et la puissance que le peintre a voulu leur donner, va jusque donner l’impression qu’ils sont devenus le sujet, le centre des toiles.

Adel Abdesemed : « Je suis innocent » au Centre Pompidou

© Adel Abdesemed

Actuellement au Centre Pompidou, depuis le 3 octobre et jusqu'au 7 janvier 2013, se tient l’exposition intitulée « Je suis innocent »  de l’artiste Adel Abdesemed. L’œuvre « Coup de tête », une sculpture monumentale représentant le fameux coup de tête de Zidane à Mazzerati lors de la Coupe de Monde 2006, Accueil les visiteurs sur le parvis du musée. « Je suis innocent » est un titre qui peut sembler étrange pour une exposition, et ce surtout quand l’on découvre le travail d’Adel Abdesemed.
Dans cette exposition, l’artiste algérien a choisi de provoquer, choquer, questionner, bousculer, que ce soit des vidéos montrant des individus en plein ébats, les carcasses d’avion entrelacés « Telle mère tel fils » allégorie du 11 septembre 2001, ou encore cette grande tapisserie composé d’animaux naturalisé intitulé Who’s afraid of the big bad wolf ? (2011-2012). Cette œuvre nous pose par ailleurs une question essentielle pour comprendre son œuvre, « qui est effrayé par le grand méchant loup ? », question que nous pourrions retrouver dans beaucoup des contes composant notre mythologie. Mythologie et rêve notion primordiale de son travail, que l’on retrouve également dans l’œuvre Décors (2011-2012), installation composé de quatre Jésus Christ fait de barbelé, présentant un Christ qui aurait en quelque sorte fusionner avec sa couronne d’épines.
Si un adjectif et un seul devait décrire cette exposition, se serait très certainement le mot « déconcertante » qui se trouverait être le plus approprié. 

AFRIKADAA # 3 VISIBILITY


Pour son troisième opus AFRIKADAA, revue d’art indépendante et instrument de critiques artistique, sociale, culturelle et politique s'engage sur le thème de VISIBILITY  


 En couverture  "A girl child", Ulundi, KwaZulu Natal, 2012
 par Zanele Muholi,Photographe et activiste sud africaine


 VISIBILITY, un sujet incarné avec force par l'artiste en FOCUS : Zanele MUHOLI, activiste sud-africaine engagée contre une invisibilité subie et  pour une visibilité violemment refusée

VISIBILITY inaugure une nouvelle rubrique  : AFRIKADAA'S LIBRARY

ART TALK  propose :

- Une lecture comparée du livre de Ralph Ellison Invisible Man  et du film poétique de la
   réalisatrice Pascale Obolo La femme invisible  par le Professeur Frieda Ekotto.

- La contribution de Malick Ndiaye intitulé Des revues et des hommes

- Une réflexion sur la condition de l'art caribéen, un art composé de fragments  de trajectoires
   par Sylvie Arnaud

- La contribution de Frieda Ekotto sur les relations Chine-Afrique au niveau culture : L'Afrique et
   la Chine : Qu'en est-il de la culture ?

- Miroirs de femmes & fragments de mémoires par Kémi Bassène dresse le portrait de différentes
  femmes noires face à leur art

CONCEPT illustre les Portraits au féminin de Sylvie Arnaud
Dans le PORTFOLIO, le photographe Mirtho Linguet propose :Alchimie : « Qu'est ce qui nous rend visibles et, comment se rendre visibles ? »

PLACES s'offre un double itinéraire pour le moins dépaysant : une visite de l'Espace Canopy à Paris et une expédition au Musée Royal de l'Afrique Centrale : Tervuren,  à Bruxelles.

La section DESIGN, présente Ousmane Mbaye, artisan-designer autodidacte émergeant sur la scène du design international.

Dans ARCHITECTURE, Françoise Akinosho rêvant de « faire du Lagos le prochain Dubai », se confie et nous fait part de ses réalisations

Aussi un état des lieux des Salles obscures Dakaroises qui s'effondrent et s'effritent dangereusement,  par Carole Diop

Le CARNET DE BORD est dédié au Congo avec une visite dans le quartier de Matongue et sa relation avec l'art contemporain africain en Belgique par Anne Wetsy Mpoma et une Promenade au Congo, au travers de la ville de Bruxelles avec les propos de l'historien Lucas Catherine retracés par Sylvie Arnaud

Cet été, EXHIBITION REVIEW a voyagé entre Paris, Casablanca et Manchester!

Très bonne découverte, redécouverte  à tous ! CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA REVUE
L'Équipe Afrikadaa

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L’art contemporain s’éveille au cœur de la Tanzanie


...Par Lydia Ingabire 

Si vous voyagez en Tanzanie vous verrez de très belles choses, de beaux paysages, l’océan Indien, le Kilimandjaro... Vous passerez par des parcs nationaux, une faune et une flore extraordinaire. Vous mangerez des plats délicieux et colorés. En somme la Tanzanie est un beau pays, dans lequel il fait bon vivre mais il n’y a pas que cela…

La Tanzanie est très riche au niveau artistique mais cela n’a pas toujours été mis en avant, surtout en ce qui concerne les arts plastiques, la musique leur étant préférée. Cependant depuis quelques années, des associations d’artistes se forment et reçoivent des subventions pour développer leur art.

Nous nous sommes rendus à Dar es Salaam, pour découvrir le NAFASI Artspace, un espace totalement dédié aux expositions et à la création artistique contemporaine. Ce projet fût initié en 2010 avec la coopération de l’ambassade Danoise qui prend en charge la location du lieu et le salaire de l’équipe de management. L'espace est partagé par 15 artistes Tanzaniens et d’autres organisations peuvent également utiliser les locaux pour des répétions et rencontres artistiques. Des artistes provenant du monde entier y sont invités à venir en résidence quelques temps pour vivre une expérience unique. Ces derniers doivent créer et laisser une œuvre dans la cour extérieure à la fin de leur résidence. Vous pouvez actuellement admirer dans la cour, deux œuvres de l’excentrique et très talentueux AKIRASH, artiste nigérian en pleine ascension. 


une oeuvre de Akirash dans la cour du Nafasi Artspace - Photo Lydia Ingabire

Chaque mois, il y a une nouvelle exposition, un concert  et ce qu’ils appellent le « chap chap » ; le chap chap est une activité organisée par l’artiste en résidence, et tout le monde y est convié. Le chap chap permet aux participants de s’ouvrir à d’autres formes d’expressions car la visibilité des arts plastiques se limitait à la sculpture, et au style Tinga Tinga, un style de peinture typiquement Tanzanien qui le plus souvent met en scène les paysages, personnages et la nature du pays, avec des couleurs chaudes et des pointillés.


Tout au long du mois de juillet 2012, c'est tenue une exposition de caricature dont la thématique est les difficultés d’investissement en Tanzanie. Lors de son vernissage, "Cartoon Exhibition" a attiré environ 200 personnes à Nafasi Artspace. Nous avons eu la chance de rencontrer l’un des artistes membre de Nafasi Artspace qui faisait également parti des exposants, Paul NDUNGURU, avec lequel nous avons partagé quelques mots.

L'avenir de l'architecture en Afrique est t'il chinois?


Le nouveau siège de l'Union Africaine ©UA


Voilà Une décennie que l'architecture chinoise marque de son empreinte le continent africain. En effet les entreprises chinoises ont la main mise sur « les grands travaux » et la construction de nombreux bâtiments publics tels :
Un Palais du peuple à Djibouti et aux Comores, un bâtiment du Ministère des Affaires Etrangères à Djibouti encore et en Ouganda, l’Hôtel Sheraton à Alger (Algérie), le Palais de la culture à Abidjan (Côte d’Ivoire), l’Assemblée Nationale et palais du Sénat à Libreville (Gabon), des logements en Centrafrique, en Algérie et en Guinée Bissau, le futur complexe olympique d’Oran (Algérie), ...

Le 28 janvier dernier, un nouvel édifice est venu s’ajouter à cette longue liste et pas des moindres, le nouveau quartier gé- néral de l’Union Africaine. Construit en moins de deux ans et demi par la firme chinoise China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) le nouveau complexe, désigné comme un cadeau de la Chine à l’Afrique », a couté au total 200 millions de dollars (154 M EUR). Un bâtiment résolument moderne qui répond par- faitement aux attentes des usagers. Seul bémol, l’empreinte de Pékin est partout présente dans la tour de 20 étages, depuis la pierre traditionnelle chinoise qui décore un jardin d’apparat, jusqu’au mobilier.

Si la collaboration Sino-Africaine dans le domaine de la construction est plutôt positive. Les entreprises chinoises apportent leur expertise, leurs infrastructures, leurs matériaux, leur main d’oeuvre, leur matériel,etc. Elles construisent dans des délais défiants toute concurrence et vont parfois jusqu’à assurer la formation des ouvriers locaux. Faire appel à la Chine ne présente pas que des avantages.

...Par Carole Diop

Retrouvez la suite de l'article dans le n°2 de la revue Afrikadaa

Généalogie des rapports entre art contemporain et politique





La politique, digne héritière du pouvoir religieux a parodié ce dernier dans sa mainmise sur l’art en l’utilisant tantôt comme outils de propagande, tantôt comme pression économique mais très souvent juste pour renouveler son bail électoral par l’apport d’une esthétique rassembleuse et séductrice. 
C’est après la seconde guerre mondiale que la France a vu peu à peu arriver un autre débarquement après celui de Normandie : la peinture abstraite, qui, elle aussi à sa façon, est venue libérer, mais cette fois-ci d’une éventuelle menace communiste soviétique et ragaillardir une culture européenne fragilisée par le récent conflit mondial.
L’art contemporain a pu bénéficier d’une impulsion avec la guerre psychologique menée par la bipolarisation du monde. L’école américaine artistique de l’après-guerre a séduit le monde en imposant son expressionnisme abstrait sous couvert de fondations privées, à la solde de l’intelligence fédérale. Il faut se rappeler également que la plupart des formations de jazz se produisant en France étaient financées par le gouvernement américain. Un art contemporain, outil de propagande de la politique libérale de marché; une propagande de réalisme artistique face à la peinture abstraite et de la performance sous les yeux de tierces entités culturelles invisibles esthétiquement et dont font partie les cultures noires sur l’échiquier mondial.
C’est dans ce climat politique de promotion culturelle que le monde a assisté à la distribution des valeurs marchandes de l’art contemporain. Le dessein de l’Amérique semblait clair :
- Valoriser son image de marque en Europe vis à vis de l’URSS et gagner le bras de fer culturel qui opposait 
- Créer un art « sans mémoire » pour s’émanciper du legs culturel européen, en appuyant une école abstraite et un art de la performance sans véritable centre ou école de référence et chaque artiste pouvait se constituer comme école. 
- Annihiler toute autre forme d’opposition au capitalisme au niveau local en étouffant l’art   engagé américain qui nourrissait l’utopie d’un art libre indépendant.
Pour se faire, les fondations culturelles, couvertures de la politique américaine anti-communiste ont opéré en Europe, pour la promotion de la nouvelle école américaine, libérale, abstraite et libre.
L’école nouvelle esthétique américaine  voulait se définir différemment aux autres. Elle avait compris que partir d’un centre impliquerait nourrir des valeurs hautement morales ; donc pas de centre, pas de périphéries, une liberté de pensée conditionnée en partie par le traumatisme de la guerre atomique vécue dans le Pacifique.
Les bases d’un néo-libéralisme artistique sont ainsi nées, les œuvres verront une valeur matérielle supplanter peu à  peu leur une valeur d’usage.

Quelques réponses de l’art dans le monde  Politique noir

Les politiques culturelles africaines, affaiblies par des budgets alloués à la culture de plus en plus restreints, ont été incapables de venir en aide à une création riche et forte mais muselée par une pauvreté matérielle. Et c’est sous le pilotage discret des Etablissements Publics d’Intérêt industriel et commercial tels que l’Institut français, l’Institut Goethe, le British Council et l’Institut Cervantès, que l’Afrique verra désormais ses créations artistiques taylorisées avec : la danse à Madagascar, le cinéma à Ouagadougou, l’art plastique à Dakar et le théâtre à Abidjan. 
La coopération avec ces diplomaties européennes de soutien et d’influence a montré ses limites dans la construction de l’Afrique culturelle de demain.  Mais ce n’est pas un hasard. La promotion de l’art en Afrique a toujours été une initiative citoyenne et non une priorité des élites. Ce sera à la société civile encore une fois, aux associations, aux démarches locales isolées qu’il faudra rassembler et connecter, de décloisonner l’Afrique.
La Société Africaine de Culture fondée en 1950 à Venise devait couver et laisser éclore un art contemporain noir, certes teinté d’existentialisme, courant de pensée dominant à l’époque. Elle n’a pas su rappeler aux cultures noires après la décolonisation, l’introspection culturelle nécessaire pour étudier les conditions d’une modernité artistique spécifique à africains et aux peuples de la Caraïbe. L’art fut cependant omniprésent dans la résistance. 
C’est ainsi que le Sénégal post-colonial, par la voix de ses artistes musiciens, a parfois rappelé au pouvoir politique le passé douloureux entre l’Afrique sub-saharienne et les populations arabo-berbères du nord du continent. Quel rôle ces musiques ont joués dans la décision de Senghor et d’Alioune Diop de ne pas inclure le nord de l’Afrique dans la construction de l’identité noire africaine à l’époque?
Les zoulous et les xhosas ont résisté par les rituels de la danse à la colonisation britannique et à l’oppression des Boers. Les peuples du nord du Mozambique ont pu résister culturellement à travers les danses de masques Mapiko à la colonisation et critiquer par la suite la guerre civile qui a ravagé le Mozambique indépendant. La peinture congolaise, de son coté, a dépeint les conditions de vie sociale et critiqué le pouvoir politique par des illustrations de scènes de vie quotidienne en utilisant souvent la rue comme galerie. L’urbanité en est telle que changer de quartier équivaut à changer de musée.
Ailleurs, le Japon, sous l’occupation américaine, avait montré que l’on pouvait dissimuler les enseignements des arts martiaux interdits par l’occupant impérialisme à Okinawa dans des rituels de  danses.
La mise en valeur de l’ethnologie et de l’anthropologie occidentales depuis la colonisation a conduit la muséographie à concevoir les activités artistiques non-occidentales comme étant figées dans le temps, incompatibles avec la modernité. Or l’art africain et celui de la Caraïbe par exemple nécessitent une étude des objets lorsqu’ils sont mis en situation, pour mieux percevoir leur valeur d’usage. L’art contemporain « critique » cette approche du passé par des productions visuelles qui mettent en scène les rituels du passé : l’art d’un art, une oeuvre opportuniste. Une autre réserve est que cette analyse de l’art africain par l’artiste contemporain occidental reste toujours non contextuelle. Elle est une reconstitution intemporelle des rituels africains et de la Caraïbe sans tenir compte de l’implication et de l’interférence de ses œuvres  dans le présent. 
Dans les combats conscients de demain, et pour éviter tout mimétisme, l’un des défis de  l’artiste noir(e) contemporain sera de démontrer que dans le domaine intellectuel et artistique, l’Afrique  n’a  jamais été un désert. 
Les fondations d’entreprise présentes de nos jours partout en Afrique font un mécénat gagnant qui vise à agrandir leur cercle d’influence. Les instituts culturels occidentaux appliquent de leur coté un langage de domination justifié par les subventions accordées aux artistes le plus souvent «compatibles» à leur politique de coopération.

... Par Kemi Bassène

Retrouvez la suite de l'article dans le n°2 de la revue Afrikadaa

La France unie par les sports et les arts


Dans quelques heures l'association Giving Back, en partenariat avec MDC prod et Fennecs stars , investira le stade Pierre de Coubertin pour un show inédit : "la France unie par les sports et les arts". Un évènement qui s'inscrit dans le cadre d'un festival itinérant qui parcourra les quatre coins du monde ( Afrique du Sud, Rwanda, Burundi, Sénégal, Cameroun, France, Brésil, Etats-Unis...) jusqu'au mois d'août.


Issa Samb à la dOCUMENTA (13)


La Documenta 13, dirigée par Carolyn Christov-Bakargiev, accorde une place prédominante aux sites, à l'espace et à la vacuité. Quatre zones géographiques, Kassel, Kaboul, Alexandrie et Banff sont occupées simultanément par des oeuvres, des artistes et des évènements: performances, projections de films, discussions. D'emblée une question est posée: Quelle est notre relation aux nombreux espaces que nous occupons ou traversons aujourd'hui?
La ville de Kassel, défaite lors des bombardements de la seconde guerre mondiale et reconstruite en majorité, porte inextricablement l'héritage de cette mémoire au travers de ses bâtiments ; d'où l'importance majeure dans cette exposition rendue aux sites, aux places, aux bâtiments... leur trace, leur vocation: Friedericianum, La Documenta-Halle, la Neue Galerie, l'Ottoneum, l'Orangerie, le Parc, la Hauptbanhof. Il s'agit aussi d'une réflexion continue de l'histoire des expositions Documenta connectée avec l'Histoire de la ville de Kassel.

L'exposition traite de la question de la relation à l'espace le plus directement possible, avec une volonté forte de rendre actifs les perceptions, les sens et les sensations. L'exercice de l'orientation dans l'espace physique et mental est lui aussi fortement mis à contribution ainsi que la dimension de temporalité sur des sites qui ont su garder les marqueurs du temps. C'est l'espace, le lieu, comme régions du possible qui sont abordés dans cette Documenta 13, du champ le plus intime à la plus vaste périphérie.
C'est dans ce contexte d'exposition et de prise d'espace que le travail d'Issa Samb, poète, peintre, sculpteur, performeur prend sa visibilité et sa force. 

Issa Samb lors de sa performance 

AFRIKADAA #2 BLACK RENAISSANCE



Il est enfin là !
Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du second numéro de notre revue interactive Afrikadaa : Black Renaissance.
En ces temps de renouveau dans le paysage électoral français, de renouveau saisonnier, évoquer une renaissance dans la vision et la place de l'artiste noir dans le monde d'aujourd'hui était vital à aborder.

Vous trouverez et découvrirez dans ce numéro le renouveau artistique, idéologique et conceptuel qui a su émerger d'importantes périodes de luttes du début du 20e siècle et les résultats actuels des travaux d'artistes contemporains toujours aussi pertinents et matières à réflexions.

Au programme :


ART TALK nous invite à analyser, dresser un portrait de l' évolution et des rapports entre l'art contemporain et la politique et CONCEPT nous esquisse le portrait poétique d'une jeune femme noire vivant à Paris.

L'artiste FOCUS de ce numéro, Hank Willis Thomas a fait parlé de lui aux Etats-Unis avec son dernier projet vidéographique : Question Bridge : Black Males. Ce photographe-conceptualiste a donné la parole aux hommes noirs jeunes, comme âgés, riches comme pauvres, inconnus comme célèbres pour parler, s'interroger les uns les autres et répondre aux interrogations qu'ils se posent sur leur identité d'homme noir en Amerique mais pas seulement. Thomas nous a fait part de sa conception de Black Renaissance en détails, un entretien vérité .

Michelle Magéma s'expose en PORTFOLIO avec son œuvre où elle réinterprète de grands classiques artistiques « The Triptych » ainsi que dans DESIGN le designer Jean Servais partage ses perspectives d'avenir pour un mobilier et design Made in Africa.

Afrikadaa vous conduit en Afrique du Sud pour découvrir la Gallery Momo, à Addis Abbeba pour traiter de l'avenir de l'architecture en Afrique et plus près de nous, à Meymac en Correze à l'occasion de l'exposition exceptionnelle Africa Africa.

Très bonne découverte, redécouverte et réflexion à tous.

L'équipe Afrikadaa






1ère édition de la biennale de Casablanca

Aujourd'hui avait lieu l'ouverture officielle de la toute première biennale de Casablanca. Point d'orgue de la manifestion le tout nouveau Sofitel Casablanca Tour Blanche. le public aura le loisir jusqu'au 30 juin de découvrir la capitale économique du royaume au travers d'un parcours artistique qui les conduira   dans plusieurs lieu emblématiques de la ville :  l’Ecole des Beaux-Arts, l’ex-cathédrale du Sacré-Cœur, la Fabrique Culturelle (les anciens Abattoirs), l’Espace Actua et plusieurs galeries d’art partenaires, à la rencontre de propositions artistiques venues des quatre continents. 


Scandale en terre sud-africaine: le portrait de Jacob Zuma


L'oeuvre de Brett Murray intitulé The Spear semble au premier abord esquisser un portrait élogieux et héroïque du président sud africain Jacob Zuma à la manière d'une affiche de propagande léniniste. Mais c'est en descendant le regard un peu plus bas que nous comprenons l'objet du scandale : le pénis apparent du chef d'Etat.

C'est bien là que le bât blesse si je puis dire, ce portrait aurait pu tout à fait convenir pour orner les locaux du siège de l'ANC (Congrès National Africain), parti majoritaire présidé par M. Zuma ou les lieux de la présidence si ce portrait n'exposait pas le président sous une couture encore jamais vue, du moins par la plupart de ses nationaux.

Murray explique The Spear comme l'illustration de l'identité et de la personnalité de Zuma sous trois aspects : celui de leader du parti majoritaire, Chef de la Nation et plus humblement, d'être humain.

The Spear, 2012 (peinture, acrylique)

Ce dévoilement de l'anatomie de Zuma n'est en rien anodin et semble plus qu'ironique voire, d'un lourd satirisme : Zuma est en effet connu pour ses frasques et phrases choquantes comme cette fois où il niait les allégations de viol d'une femme séropositive en affirmant qu'il avait prit une bonne douche « vigoureuse » pour se laver du virus ; ou encore pour ses multiples épouses qui sont estimées à 6 et qui l'auraient offert une progéniture d'une vingtaine d'enfants. Sa seconde épouse se suicidera après avoir indiqué dans sa lettre d'adieu « vingt quatre années d'enfer »

Hommage à Elizabeth Catlett: 70 ans d'art engagé



Ce nom ne vous est surement pas familier. Il ne l'était pas pour moi non plus. C'est après avoir été confrontée à son œuvre Sharecropper, que j'ai cherché à en savoir plus sur cette artiste qui, tout au long de 70 années de sculptures, peintures et gravures, a milité pour un art réaliste et engagé. 





« J'ai toujours voulu que mon art rende service à ma communauté- qu'il nous reflète, qu'il relate à nos expériences , qu'il nous stimule, qu'il nous fasse prendre conscience de notre potentiel » Catlett




Née à Washington D.C au lendemain de la Première Guerre Mondiale, Elizabeth Catlett était une artiste engagée à part entière. Elle a été témoin, actrice et ambassadrice des grandes luttes sociales qui ont ponctué les États-Unis des années 30 jusqu'aux années 70 Cette grande dame nous a quitté le 2 avril dernier à l'âge honorable de 96 ans. 

Première femme à avoir obtenu un Master en sculpture à l'École d'art de l'Université de l'Iowa en 1940, elle choisit très tôt son thème principal, celui qui celui qui lui tenait le plus à cœur : la communauté noire et plus particulièrement les femmes noires. Cette artiste Américaine et Mexicaine, petite-fille d'anciens esclaves, a remporté le premier prix de sculpture dans le American Negro Exposition de Chicago en 1940 avec sa sculpture Mother and Child créée en 1939. La finesse, douceur qui ressort de ses sculptures, de l'épais bois d'acajou rouge, révèle sa maîtrise du support de ce bois précieux et donne naissance à des femmes à la féminité proclamée , féminité à respecter et honorer. 

Mother and Child, 1939 (acajou)


AFRIKADAA @ Dak'art 2012 #1


La 10ème édition de la biennale de Dakar s'est ouverte vendredi dernier sous la présidence du chef de l'état Macky Sall et en présence du ministre de la culture Youssou Ndour. La journée s'est poursuivie avec le vernissage de l'exposition  internationale qui se tenait au Musée Théodore Monod (IFAN), où 8 artistes sur les 42 artistes sélectionnés par les trois commissaires en charge de la biennale (Christine Eyene, Nadira Laggoune et Raison Naldo), se sont vus remettre des prix. On retiendra parmi les lauréats:
- Younes Baba-Ali : grand prix "Léopold Sédar Senghor". L'artiste proposait "Horn Orchestra" une installation sonore des plus surprenantes, composée d’une série de 10 klaxons de voitures suspendus dans un espace clos. Le visiteur invité à déambuler dans cet espace subit soudainement une véritable attaque sonore et sort de cette expérience quelque peu dérouté. Ce projet explore le pouvoir du son et du conditionnement immatériel qu’il peut engendrer dans un espace en rapport au visiteur. C'est la première création d’une série appelée « Attentat Sonore ».

Horn Orchestra : Installation Sonore, 2009, © Younes Baba-Ali, 60x80x60cm

- Laura Nsengiyumva : prix du ministère de la culture et du tourisme. Laura présentait « 1994 », une œuvre commémorative et autobiographique, qui dépeint une scène tristement quotidienne d’une famille belge d’origine rwandaise regardant le journal télévisé pendant la période du génocide.

1994 - Installation Video, 2011, © Laura Nsengiyumva

- Em'Kal Eyongakpa : prix de la ville de Dakar, pour sa proposition « Njanga wata », un projet mêlant différents mediums (photos,vidéos, sculpture, ...)

Njanga wata - Mixed media sculpture installation, 2010, © Em’kal Eyongakpa



L'artiste Marocain Younes Baba- Ali après avoir reçu son prix photo :  ©Yves Chatap

Le Ministre de la culture Youssou Ndour admirant la performance de l'artiste Lerato Shadi
Photo © Yves Chatap

Lerato Shadi en pleine performance photo :  ©Yves Chatap
Les trois commissaires ont proposé une sélection plutôt homogène et riche en découvertes, où la vidéo était très présente. Malgré la qualité des oeuvres sélectionnées, l'exposition internationale était en dessous de nos attentes en raison des nombreux dysfonctionnements observés.

Par  Carole Diop

    

Bili Who?



Plus besoin de le présenter : artiste plasticien ayant participé et présenté ses œuvres dans des biennales aussi riches et variées que celles de Johannesburg, La Havane, Dakar, Taipei et dernièrement Venise en 2007, sans parler d'Africa Remix, Bili Bidjocka fait partie de ces artistes noirs contemporains qui se sont fait un nom et une place comfortable dans le milieu artistique noir et au delà.

Le carton d'invitation est à l'image du maitre : un portrait tout en simplicité et en finesse mais empreint d'un certain mystère. Et là on se dit, pas d'intitulé mieux trouvé pour l'exposition au sein de la Galerie Robert que l'éponyme « Bili Bidjocka »


         Photo :   Antonin Borgeaud 
                        

Omar Ba : Le monde des apparences



La galerie Anne de Villepoix a exposé les oeuvres de l’artiste peintre sénégalais Omar Ba du 14 janvier 2012 au 25 février et nous sommes allées découvrir à quoi ressemblait Le Monde des apparences de cet artiste. 
Les oeuvres d’Omar Ba sont pour la plupart des tableaux à fond noir où les personnages et décors apparaissent touche par touche avec une précision et une douceur des tons pastels remarquables qui conduit à la grandeur de ses tableaux. 
Omar Ba nous conduit dans un univers où ses origines sénégalaises sont constamment rappelées soit avec la figure du griot ou d’autres personnages mystiques et avec un monde où la nature est prédominante, monde où l’homme se doit de respecter les animaux des mondes marins et terrestres. 




Le Monde des apparences de Ba évoque aussi une réalité plus sombre où des figures militaires surviennent de l’ombre des arbres et eaux et rappelle peut-être le danger derrière l'apparente liberté de son pays, monde d’apparence qui est plus que jamais d’actualité.

... Par Shari Hammond

FRESH START



Une nouvelle aventure commence pour AFRIKADAA. Le site sera dorénavant complété par un magazine en ligne trimestriel dont le premier numéro sera mis en ligne ce week-end. Le thème de ce premier numéro "Birth", en référence à la naissance du magazine bien sur, mais pas seulement.... Deux nouvelles pages font également leur apparition sur le site : la page "podcast" où vous retrouverez des interviews vidéos d'artistes ainsi que des vidéos tournées lors d'expositions, et la page "news".
Merci à tous ceux qui nous suivent et nous soutiennent depuis le début et bienvenue à ceux qui découvrent AFRIKADAA.

Carole Diop Directrice de publication 


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