Focus

Chaque mois AFRIKADAA vous propose un "focus" sur une personnalité, un évènement, une tendance, nos coups de coeur en fait.


1er Salon de la Poupée Noire 

Le premier Salon de la Poupée Noire qui s'est tenu 3 décembre dernier, fut l'occasion d'un bel et tendre retour en enfance : entre les poupées chiffons, Barbies, en porcelaine, ou meme en forme de boules de noel, la diversité était le mot d'ordre. Des poupées pour poupons ou des poupées pour mamans, tout le monde a pu trouver son  bonheur dans ce salon très familial et ouvert à tous. Les participantes ont chacune leur histoire expliquant leur attachement à ces poupées et nous avons voulu partager avec vous leur passion et leur savoir faire en images. 

De très belles collections ainsi que des spécimens jamais vus ont régalé nos yeux, nous partageons avec vous ces trésors qui nous le souhaitons, se démocratiseront dans nos magasins de jouets. 

Hélène Magnùsson alias la Tricoteuse d'Islande et ses créations faites à partir de laine islandaise.



Un véritable  méli-mélo de couleurs 


Idée déco pour le sapin de noël

Le stand d'Afrotoys 




Les créations innovantes de Régine Chardon composées d'éléments récupérés

Poupées des îles 


Des poupons de toutes les origines

Barbie Massai, version collector.

Des poupées noires en porcelaine

Des poupées en chiffon vêtues de wax




Poupées en habit traditionnels du 19e siècle


Consultez également le site de Rosy, passionnée de poupées anciennes et qui organise des ateliers de confection de tenues et accessoires pour poupées: http://latelierderosy.blog4ever.com/

... Par Shari Hammond



Djadji Diop


© Diadji Diop

Le 9 Octobre dernier 5 artistes ouvraient les portes de leurs ateliers à Choisi-le-roi, c'est à cette occasion que nous avons rencontré Diadji Diop, qui y est installé depuis 4 ans. 
Diadji est un artiste plasticien d'origine Sénégalaise, dont les sculptures sont tout simplement impressionnantes. Installé en France depuis près de 17 ans, il se destinait à une carrière dans l'animation, mais il se découvrira très vite un passion pour le modelage et la sculpture. Pour en savoir plus sur l'artiste, ses oeuvres, ses projets nous lui avons posé quelques questions auxquelles il a très volontiers accepté de répondre.

Photos prisent dans l'atelier

"La Guerre des Clichés" - 2001
"Dans le bonheur" - miniature

AFRIKADAA - Vous avez participé à l'exposition Diasparis ( voir l'article DIASPARIS : Les artistes de la Diaspora africaine s'exposent au Musée du Montparnasse ) au mois de mai dernier pouvez vous nous en parler ?

Diadji Diop - En fait je travaillait sur un projet avec Seydou Gueye (directeur artistique de Safoul production). il m'avait demandé de faire un Baobab pour le festival "l'Afrique dans tout les sens" et il y avait dans le même temps ce projet d'exposition DiasParis, réunissant des artistes de la diaspora, pas  uniquement par rapport à leurs origines africaines, mais autour d'une question, celle de savoir ce que représente Paris pour ces artistes, j'ai trouvé cette approche très intéressante. 
A l'inverse d'exposition comme Africa Remix ou la biennale de Dakar,  qui selon moi posent un certain nombre de problèmes. En effet avec ce type d'évènements afrocentrés, on s'enferme, on se replie sur  nous même et on crée ainsi un classe d'artiste en marge par rapport aux reste du monde. D'ailleurs il n'existe pas de biennale d'art  européen ou asiatique ce sont des biennales internationales. Il est temps je pense que Dak'art, maintenant qu'elle est bien installée devienne à son tour une biennale internationale.
Le comble c'est le FESMAN, selon moi seule la première édition en 1966 avait un sens et une légitimité en raison de l'accession à l'indépendance de nombreux pays africains.


"Baobab" - 2011 - Festival l'Afrique dans tout les sens - © Claudie Titty Dimbeng



"Galerman" - 2002 - Diasparis


A - Quels sont vos projets et expositions à venir ?

D. D - "Dans le bonheur"sera exposée à la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration, qui va pour la première fois présenter ses collections d'art contemporain dans une exposition prévu pour le 15 novembre.

"Dans le bonheur" - 2009


A - Qu'est ce qui vous inspire?

D. D -  l'être humain en général, la vie. Je veux que tout le monde puisse s'identifier à mon travail, c'est pour ça que j'ai opté pour le rouge car je questionne les rapports humains sans distinction de couleur de peau. c'est aussi pour cette raison que mes personnages n'ont pas de cheveux.


"Point de départ", détail - 2001


A - Avez vous un message à fair passer ?

D. D - J'aimerais revenir sur cette notion d'Art Africain Contemporain qui selon moi est réductrice. Pour moi il est important de dissocier ce qu'on peut appeler l'art africain (les arts premier notamment) et l'art contemporain (un concept qui appartient à tous). Le problème qu'on parle d'art africain,  cette volonté de généraliser, de voir l'Afrique comme un pays. Une des manière de ce débarrasser de cette appellation c'est de parler de création contemporaine en Afrique, et d'évoquer la nationalité des artistes au lieu de tout simplifier par l'Afrique.  

Pour plus d'information sur Diadji et pour découvrir d'autres oeuvres, nous vous invitons à consulter son site  : http://diadjidiop.com/index.html

... Par Carole Diop


Jean Depara @ Revue Noire 


Voila déjà une semaine que la La galerie de la Maison Revue Noire nous propose de découvrir quelques une des centaines de photographies mythiques de l’artiste congolais contemporain Depara et de révéler au grand public l’atmosphère de l’ancienne ville Léopoldville plus connue sous le nom de Kinshasa dans la période charnière et révolutionnaire des années 1950-1970, une ville aussi contrastée que les photos en noir et blanc du photographe.

Ces photographies d'époque nous plongent dans un passé pas si lointain où liberté et insouciance étaient les maîtres mots. En effet on découvre à travers l'oeil de Depara un peuple à l’image de son pays au lendemain de l‘indépendance: des kinois épanouis, libres qui savourent la vie et qui offrent le spectacle d'un déploiement de faste, de beauté et d'élégance.

Ces kinois décomplexés et pleins de joie nous rappellent de façon surprenante les Noirs américains dans la période des années folles et du Harlem Renaissance, posant fièrement et affirmant leur identité retrouvée.

L’indépendance que vit le Congo a conduit à une levée des barrières psychologiques et sociales et Depara illustre parfaitement cela avec de nombreux clichés mettant en scène des couples mixtes dans des poses romantiques et en allant jusqu’à faire des nus pleins d’érotisme de kinoises, et ces kinoises ne manquent pas de sensualité! Beaucoup de beauté ressort des portraits pris par Depara, une beauté esthétique au niveau des visages mais aussi des corps et des habits très élégants, soyeux et parfois excentriques, les sapeurs actuels ont donc appris de leurs aïeuls ! Le Day de Depara quant à lui montre des kinois dans leur quotidien banal mais aussi d’autres avec des passions telles que la musculation et qui sont du moins très fiers d’exposer le fruit de leur labeur et leurs corps sculptés à l’extrême.

Le Night&Day de Kinshasa mêle l’ordinaire et l’extraordinaire, le luxueux-chic et l’humble avec brio et pourrait très bien être accompagné du morceau musical mythique « indépendance chacha ».

Mais ces hommes et femmes sont avant tout élégants et Depara est parvenu avec la sensibilité particulière et du noir et blanc à faire ressortir la beauté du peuple kinois et surtout une nostalgie de cette époque comme beaucoup de visiteurs de l’expo ont pu ressentir.

Night&Day est en somme une parfaite représentation d’une Afrique renaissante dans la
splendeur et l’audace de son peuple.







Photos: Shari Hammond

Pour plus d’informations rendez-vous sur : revuenoire.com

... Par Shari Hammond


Alexis Peskine


photo : Thomas Babeau

Le focus du mois est consacré à un artiste plasticien dont les œuvres nous ont littéralement subjuguées, Alexis Peskine

Né à Paris (en 1979), Alexis est un artiste reconnu aux Etats-Unis où il a vécu près de 10 ans. Le jeune homme se destinait à une carrière de basketteur qu'il abandonna pour étudier l'art et la photographie. Il obtient ainsi un Bachelor of Art (2003) à l'université d'Howard (Washington DC), puis un Master in Digital Arts (2004) et un Master in Fine Arts (2005) à l'Ecole des Beaux-Arts du Maryland. Lauréat deux années de suite (2002-2003) du prix Verizon HBCU (un concours prestigieux ouvert aux étudiants des universités historiquement noires des Etats-Unis) et Boursier Fulbright en 2004, le talent d'Alexis n'est plus aujourd’hui à démontrer.
Ses œuvres ont été exposées : aux Etats-Unis (on retiendra l'exposition « the French Evolution : Race Politics & the 2005 Riots » au MOCADA en 2007), à Paris (il obtient sa première exposition « Négrifique » solo à la Galerie Zidoun Paris en 2009, et participe entre autre à l'exposition DiasParis dans le cadre du festival l'Afrique dans tous les sens durant l'été 2010), mais aussi au Luxembourg (où il présente début 2011 « Identité Internationale » sa dernière exposition solo à la Galerie Zidoun Luxembourg ), à Dakar (où son travail a été particulièrement remarqué durant le 3ème FESMAN), à Johannesburg, au Cap, ou encore à Durban. 

Alexis vit entre Paris, Dakar et New York, Mais c'est à Paris que nous avons pu le rencontrer pour lui poser quelques questions sur lui et sur la façon unique dont il crée des images sur du bois latté, images auxquelles il donne du relief en plantant avec précision dans le bois, des clous de différentes tailles. 

AFRIKADAA : pourrais-tu te présenter en quelques mots pour ceux qui ne connaissent pas encore? 

Alexis Peskine : Moi c'est Alexis Peskine, je suis artiste plasticien, j'ai toujours aimé l'art, j'ai toujours aimé dessiner, mon art me permet de m'exprimer, notamment sur des problèmes de société. J'ai beaucoup voyagé, sur plusieurs continents et aujourd'hui je suis à Paris.

Alexis au travail : photo Gystere Peskine

A : Tu es passé par plusieurs moyens d'expressions, tu as commencé par les arts graphiques, tu as fait du basket, du rap, qu'est ce qui t'as conduit à devenir plasticien? 

A. P : Depuis tout petit j'ai toujours aimé dessiner, c'est quelque chose qui me plaisais et j'étais plutôt doué, donc naturellement quand j'ai dû choisir une filière à l'université j'ai choisi les arts, parce que le reste m’intéressait moins. C'était un choix assez logique en fait. 

A : On peut dire que tu as une « identité internationale » de par ton métissage, tes voyages, … Comment est- ce que ça influence ton travail? 

A. P : C'est une question qu'on me pose souvent, pour moi, ce n'est pas tant le fait d'avoir une identité culturellement métissée qui influence un individu, mais plutôt ses valeurs, l'éducation qu'il a reçu et sa curiosité. On pense, souvent à tort selon moi, que le fait d'avoir plusieurs cultures apporte une certaine ouverture d'esprit, il y 'a des métisses qui sont très peu curieux et pas du tout ouvert d'esprit.

« Identité », 2007, clous, laque et vernis sur bois latté. © Alexis Peskine

A : L'histoire des noirs est ton thème de prédilection pourquoi? 

A. P : Parce que c'est une partie de mon identité, que quand on porte cette « identité » en France on est souvent victime de discriminations et d'injustices. Il est donc important pour moi d'œuvrer pour réparer ces injustices et améliorer les rapports entre les différentes composantes de la société française.


« Nettoyage Ethique », 2009, clous, feuille d'or vert, glycéro et vernis sur bois latté. © Alexis Peskine


« Sale Rrrace », 2007, Savon gravé céramique et bois. © Alexis Peskine


A : Tes œuvres ne laissent pas indifférent, elles sont très engagées compte tenu des thèmes que tu aborde, les noms que tu leur attribue sont justes et percutants, peux-tu nous expliquer comment tu travailles? 

A. P: Je pars toujours d'un sentiment que je veux exprimer, d'une pensée, de quelque chose dont j'ai envie de parler et à partir de là je réfléchis à la manière dont je pourrais exprimer ce sentiment ou cette pensée dans une œuvre tout en laissant le spectateur libre d'y voir plusieurs interprétations et d'interagir, d'engager un dialogue avec cette œuvre. 

A : Tu as grandi dans une famille d'artistes ton père est architecte un de tes frères et musicien, l'autre est artiste plasticien, qui influence qui chez les Peskine et est ce qu'il n'y a pas des petites batailles d'ego entre vous? 

A. P : Il n'y aucune rivalités entre mes frères et moi au contraire on est très soudés, on se soutient beaucoup les uns les autres, quand l'un de nous a un projet intéressant on le met en avant, par contre si c'est un projet qu’on n’aime pas on le dit, on s'encourage mutuellement à faire mieux en permanence. 
Bon après il peut nous arriver de faire des petites Google Battle, vu que notre nom n'est pas très répandu on s'amuse à regarder qui arrive en premier quand on Google Peskine. 

A : Quels sont tes influences en matière d'art? 

A. P : Beaucoup d'éléments influencent mon travail : l'art pop, les clips, la publicité (les pubs réalisées par Jean-Paul Goude dans les années 80), la photo, les magazines, les posters, les films, le design graphique, les courants tels que la « Blaxploitation ». J'aime bien Chuck Close, Murakami, et beaucoup d'autres artistes plasticiens. En fait je suis friand de belles images. 

A: Tu as vécu 10 ans aux Etats-Unis où tu es un artiste reconnu pourquoi être revenu en France? 

A. P : J'ai dû revenir en France en 2008. C'est vrai qu'aux Etats-Unis la vie est assez confortable pour les artistes, il y'a une super énergie on est bien entouré, il y'a toujours plein de choses à voir, alors que la France représentait un chalenge pour moi car il y a plus de choses à changer, c'est ce qui m'a poussé à revenir. 
J'avais l'impression que c'était un peu lâche alors que j'évoquais les problèmes d'identité que l'on rencontre en France de ne pas être sur le terrain pour parler de ces problèmes, même si c'est plus difficile, que l'on est moins écouté et que les gens sont beaucoup plus apte à la critique. Selon moi, aux Etats-Unis les gens sont plus à l'écoute et sont plus ouverts, alors qu'en France ils peuvent être très bornés et se complaire dans l'ignorance.


« Miriam' », 2007, glycéro sur tirage argentique. © Alexis Peskine

A : Tu te sers de ton art pour faire passer des messages avec une touche d'humour et de provocation, je repense à l'exposition « the French Evolution : Race Politics & the 2005 Riots » au MOCADA, comment ton travail qui est parfois très critique par rapport à la société française est-il perçu en France? 

A. P : Je pense que mon travail est assez bien perçu, les réactions sont plutôt positives. Même si je suis souvent critique par rapport à la société française c'est avant tout une expression artistique. Je pense le jugement des gens ne se fait pas sur les thèmes que j'aborde mais plutôt sur l'image, l'oeuvre que je leur propose au final. 

A : Après « Négrifique » et « Identité internationale » est ce que tu prépares une nouvelle exposition? 

A. P : Je travaille actuellement sur un projet dont je suis l'initiateur et qui réunira des disciplines autres que les arts plastiques. Il s'agira de proposer une définition de « l'identité française » différente de celle proposée par les médias et les politiques, d'évoquer « l'identité française » telle que moi je la vis et telle que beaucoup d'autres la vivent, une identité qui est riche, qui grandie toujours, qui n'est pas stagnante. C'est un projet qui promet d'être très intéressant et assez complet. 

A : On a hâte de découvrir ce nouveau projet. Si tu avais un message à adresser aux lecteurs et lectrices de AFRIKADAA quel serait-il ? 

A. P : Je leur dirais de ne jamais cesser d'apprendre. Je pense qu'il faut qu'il faut qu'on grandisse tous, pour moi le plus important s'est de m'éduquer, de grandir d'être curieux de ne pas avoir peur. Si la plupart des gens n'avaient pas peur et avaient soif d'apprendre il y aurait certainement beaucoup moins d'antagonismes dans notre société. 

A : Merci Alexis.

« Lettre à Elise », 2011, clous, feuille d'or, encre et vernis sur bois latté. © Alexis Peskine 



« He Died For US », 2007, clous, feuille d'or, laque et vernis sur bois latté. © Alexis Peskine 


Reconfiguring an African Icon


Ce mois ci cap sur New York, pour découvrir une exposition où le masque africain, dans sa forme iconique, est repensé, détourné, voir même "désacraliser", par des artistes contemporains : "Reconfiguring an African Icon". l'exposition que l'on peut voir au  MET(Metropolitan Museum of Art), jusqu'au 21 Août est composée de 20 oeuvres (19 sculptures et 1 photographie). 
les deux artistes phares de l'exposition sont Romuald Hazoumé et Calixte Dakpogan, deux talentueux artistes béninois. 17 oeuvres parmi les 20 proviennent de collections privés Européennes et Américaines, les autres proviennent de la collection personnelle du musée.

Les oeuvres de Hazoumé qui sont présentées sont réalisées à partir de bidons d'essence en plastic associés à divers matériaux récupérés. L'artiste conçoit ses oeuvres comme un hommage aux traditions de mascarade de l'Afrique de l'Ouest. Elle fonctionnent également comme des portraits empreints d'humour de la société béninoise contemporaine.

© Romuald Hazoumé, "Coconut", 1997.
 Jerrican en plastic, cheveux synthétiques , métal, nylon.
 (37 x 22 x 15 cm) 



© Romuald Hazoumé, "Ear Splitting", 1999.
 Jerrican en plastic, brosse, haut parleur.
(42 x 22 x 16 cm)

© Romuald Hazoumé, "Godomey", 1995.
 Jerrican en plastic, perles et cauris.
(48 x 30 x 10 cm)

Dakpogan utilise aussi divers matériaux de récupération tels que du métal issu de carcasses de voitures, des CD, des canettes de soda, etc. l'artiste crée d'ingénieuses compositions sculpturales, véritables réflexions sur la longue tradition d'échange de la côte béninoise, qui a définie l'histoire politique et religieuse du pays.     

© Calixte Dakpogan, "Papa Sodabi", 2002.
Acier, métal, verre et matériaux divers.
(61 x 53.3 x 22.9 cm) 


© Calixte Dakpogan, "Le guardien", 2007.
Fer, aluminium (canettes), cuivre, plastique (lampe torche), CD.
 (59 x 54.5 x 23 cm)

Les artistes sont rejoints par des artistes contemporains américains qui proposent également leur propre interprétation du « Masque »

Hazoumé et Dakpogan ne sont pas les seuls artistes africains à avoir réinterprété le « Masque Africain », un artiste tout aussi talentueux, le génie togolais, Kossy Aguessy, avec ses masque ZOO édités par Y2K ( vous pouvez vous les procurer en exclusivité sur LePelican.fr ) propose lui un renouveau du masque africain.

Les masques ZOO de Kossy Aguessy.


Joël Andrianomearisoa



Ce mois ci AFRIKADAA est allé à la rencontre d'un artiste hors norme, Joël Andrianomearisoa
Né en 77 à Antananarivo il se passionne d'abord pour la mode et va par la suite poursuivre des études d'architecture à l'ESA (Ecole Spéciale d'Architecture) de paris d'où il sortira diplômé en 2003. 
Son travail se caractérise par un mélange entre différents champs artistiques (la mode, l'architecture, l'art plastique, le design, ...). Selon lui toutes ces disciplines sont complémentaires et c'est dans cette diversité qu'il puise son inspiration. 
Nous l’avons rencontré à la Maison Revue Noire, qui accueillait jusqu'au 9 juillet dernier l'exposition 30 et presque songe dont il est l'initiateur, pour lui poser quelques questions et c'est avec beaucoup de gentillesse qu'il a accepté de nous répondre.

AFRIKADAA - Qu'est–ce qui vous a conduit à passer de l'architecture à l'art contemporain ?

Joël Andrianomearisoa - J'ai commencé très jeune à m'intéresser à  de nombreuses disciplines artistiques et j'ai tout suite été attiré par le milieu de la mode et par l'énergie qui s'en dégage, je m'intéresse également  au textile, je trouve que c'est un langage intéressant.
J'ai par la suite entrepris des études d'architecture que j'ai apprécié en raison de la richesse et de la diversité de l'enseignement dispensé.
Si j'ai finalement basculé dans l'art contemporain, c'est suite aux rencontres que j'ai  pu faire, mais surtout en raison de la liberté qu'apporte ce mode  d'expression artistique. Je n'ai pas vraiment rompu avec l'architecture, selon moi toutes les disciplines se complètent.

A - Vous êtes à l'initiative du projet 30 presque songes, pouvez- nous en dire plus sur ce projet ?

J A - Ce projet est parti d'une envie de montrer mon travail mais aussi celui d'autre artistes, j'ai donc fait appel à 30 artistes qui sont aussi et avant tout  des amis, pour réfléchir à la question de rêve et de l'imaginaire. 
Après première édition a eu lieu en 2007 à Madagascar, j'ai souhaité renouveler l'expérience mais sans en faire un évènement régulier comme une biennale ou un festival. J'ai donc attendu plusieurs années pour remettre en place le projet, toujours avec 30 amis, en lui donnant cette fois une dimension internationale. 
Pour concrétiser cette nouvelle vision du projet et permettre son déplacement, l'exposition a été conçue pour tenir dans une boite dupliquée en 40 exemplaires. Chaque artiste qui participe au projet va recevoir une boîte et va pouvoir exposer son contenu à sa manière. Le projet vit ainsi  presque simultanément aux quatre coins du globe.
L'exposition s'est ainsi tenue à Madagascar en avril dernier, elle s'achève à Paris, elle se tient également en ce moment même à la Réunion et à Kinshasa, puis on redémarre en Septembre à Port- au-Prince, Istanbul et Vienne.       

A - Y a- t-il une suite prévue à ce projet ?

J A - Non c'est la deuxième et la dernière édition du projet, il reviendra peut être à Madagascar sous un autre forme ou sous un autre nom. C'est avant tout un projet d'artistes et d'amis qui n’était pas voué à perdurer, ce serait injuste de le dénaturer en le transformant en un événement récurant.

A - Vous êtes d'origine malgache quel lien entretenez-vous avec votre île et avec l'Afrique en général ?

J A - Je ne me pose pas cette question je suis malgache et français, Madagascar reste mon pays, je n'ai pas de nostalgie en soi. Je vis à Paris parce que je l'ai choisi, Madagascar je peux y aller quand je veux, d'ailleurs j'y vais quand je veux et surtout j'y travaille la plupart du temps.
En ce qui concerne le questionnement par rapport à l'Afrique, eh bien je vais et je travaille sur ce continent très souvent, par exemple là je vais à Kinshasa, je travaille beaucoup à Bamako, je collabore avec une galerie sud-africaine, etc. Pourtant je ne me pose pas cette question un peu dramatique en disant que ma relation avec l'Afrique est une relation de nostalgie, etc.
D'ailleurs je parle de Bamako comme je parle de New-York, Je vais à Bamako comme je vais à New-York et je vais à Milan comme je vais à Tananarive, pour moi c'est la même chose dans le sens où je garde la même approche.
C'est un principe que j'essaye d'appliquer à mon comportement et à mon travail. Ce n'est pas parce que je vais en Afrique que je vais présenter un travail simplifié ou qui demande moins de travail, de la même manière ce n'est pas parce que je vais à Milan que je vais présenter un travail plus folklorique. Je m'habille de la même manière et j'adopte le même comportement que je sois en Europe en Asie en Afrique ou ailleurs, le fait de ne faire aucune différence quel que soit l'endroit où je me trouve me paraît plus respectueux, ça peut parfois être agaçant pour d'autres personnes mais ça ne me dérange pas.

A - Vous avez participé à l'exposition Africa Remix un des rares évènements où autant d'artistes africains contemporains était réunis, regrettez-vous qu'elle n'est pas été rééditée ?

J A - C'est une exposition qui était importante, je pense que c'est bien qu'elle est eu lieu, mais je pense aussi qu'aujourd'hui il faut voir les choses de manière plus vaste. Pour moi un artiste doit être vue juste comme un artiste. Pour ma part je trouve ça très bien d'être invité pour exposition ou une biennale, uniquement comme un artiste et pas seulement par rapport à me origines.

A - Quels sont vos projets à venir ?

J A - Town (Afrique de Sud), je participe au Salon ART-O-RAMA à Marseille du 2 au 4 Septembre 2011, à la biennale du textile qui aura lieu à Côme (Italie) à partir du 24 septembre, je serais à Haïti le 25 Septembre, en Inde pour la Delhi Art Fair de mi-Novembre à mi-Décembre, j'ai également des projets prévus sur Paris en Novembre et en Octobre.

A - Merci beaucoup Monsieur Andrianomearisoa.



Tiken Jah



Ce mois ci, lumière sur la "semaine africaine et solidaire", initiée par l'artiste engagé  Tiken Jah Fakoly.
Du 13 au 18 juin, une série d'évènements culturels (projections de films, exposition, concert, ...) vont donc se succéder à Paris, la semaine s'achèvera sur le concert de Tiken Jah à Bercy. 

Une semaine d'échanges de rencontre de discussions autour du continent africain . "Une semaine pendant laquelle on va parler des côtés positifs dont on ne parle pas beaucoup, des côtés négatifs et de comment la jeune génération va relever ces défis", explique le chanteur. "C'est un événement important dans une carrière. C'est l'occasion de parler de ce continent dans un processus de démocratie et de développement. Un continent qui sort de 400 d'esclavages et de plusieurs années de colonisation."

La Semaine Africaine et Solidaire commencera donc le 13 juin par le cycle de films au Mk2 Quai de Seine / Loire qui proposera en soirée d'ouverture une rencontre avec Tiken Jah Fakoly, et l'un des réalisateurs invités du cycle, à l'image de Souleymane Cissé, Abdeahmane Sissako ou Mahamat smahamat saleh haroun dont les films (et d'autres) seront projetés pendant deux semaines.

Egalement au programme, une exposition du photographe et écrivain Philippe Bordas, auteur de l'ouvrage "L'Afrique et à poings nus" en 2004 et des clichés du dernier album de Tiken Jah Fakoly, "African Revolution". Enfin, une boutique éphémère sera installé au MK2 Bibliothèque, consacrée à la culture africaine, avec une sélections de livres, DVDs et revues mais également des bijoux, produits alimentaires et textiles…

Enfin, le 18 juin, jour du concert, un grand forum associatif parachèvera cette semaine de rencontres et d'échanges de 9h à 18h. Place ensuite au spectacle : avec orchestres et danseurs, et Asa et Soprano comme invités, Tiken Jah Fakoly foulera pour la première fois la scène de Bercy. Fidèle à ses convictions, 1€ par billet sera reversé à son association pour financer son concept "Un Concert une Ecole" développé en Afrique. 


L'Autre Afrique

Le focus du mois est consacré à "l'Autre Afrique", un projet photographique initié en 2005 par le photographe Philippe Sibelly. Le but, promouvoir une nouvelle vision du continent africain. Après Leicester (R-U) en 2009, et Accra (Ghana) en mars dernier, l'exposition se tientra ce 20 mai à Kumassi (Ghana), une autre exposition aura lieu en Juillet à Malabo (Guinée Équatoriale).

"l'Autre Afrique" décrypte l'émergence d'une classe moyenne sur le continent. L'exposition est composée de portraits de professionnels africains issus de la "classe moyenne", d'images nocturnes de villes africaines et de portraits d'animateurs radio. Toutes ces images décrivent une Afrique moderne loin de ce que l'on peut observer la plupart du temps dans les médias occidentaux. C'est donc le déficit d'image dont souffre le continent qui est combattu à travers cette série de photos "panafricaines". 

Il ne s'agit pas de nier les différents problèmes auxquels le continent africain fait face, mais depuis quelque années l'Afrique une classe moyenne se développe en Afrique et d'autres économie émergentes comme la Chine investissent lourdement dans les infrastructures du continent (ndlr : une étude récente de la Banque Africaine du développement à révélée qu'un africain sur trois appartiendrait à la classe moyenne). C'est cette Afrique que Philippe Sibelly veut nous montrer.

Le projet est en ligne depuis 2007, en anglais en français en swahili et en arabe sur, www.lautre afrique.eu ou www.theotherafrica.eu. une version en chinois est en cours de préparation.

Le projet évolue avec chaque nouveaux pays visité, l'objectif ultime une exposition composée de 54 photos, une par pays africains.

Quelques portraits


Yao assistant de Super-marché, Lomé, Togo

Manal, Animatrice télé, Alger, Algérie.

François-Xavier, opticien, Dakar, Sénégal.

Amilcar, Pilote, Sao- Vicente, Cap Vert

Gerson, Caméraman Reporter, Sao-Tomé, Sao-Tomé et Principe

Antoine, Professeur de Tennis, Libreville Gabon


Quelques images de nuit


Osu, Accra, Ghana.

Douala Centre, Douala, Cameroun. 

Boulevard Omard Bongo, Libreville, Gabon


AFRIKADAA souhaite longue vie à ce projet.

Source et crédits Photographiques Philippe Sibelly


Mahmoud Keldi

Ce mois ci AFRIKADAA consacre son focus à Mahmoud Keldi. Un jeune architecte d'origine Comorienne très engagé, désireux d'oeuvrer pour son île et plus largement pour l'Afrique.




AFRIKADAAMonsieur Keldi pouvez vous vous présenter pour les internautes qui ne vous connaîtraient pas ?

Mahmoud Keldi - De manière très succincte, je suis un architecte Français d’origine Comorienne, diplômé de l’école d’architecture de Paris-Conflans aujourd’hui appelé Paris Val De Marne.

A ce jour, ma principale activité est sur le territoire Français et essentiellement sur la région Parisienne, situation que je déplore. Pour l’anecdote, lors d’un jury de concours pour une médiathèque dans le Nord de la France en banlieue Lilloise, un membre du jury me reprochait la trop longue distance qui me séparait du chantier. C’était assez drôle sachant que j’avais au même moment un chantier qui démarrait au Congo.

J’exerce à mon compte depuis 2002, toujours avec des commandes publiques. En effet je n’ai pas eu la chance d’avoir une famille, des amis ou un réseau pouvant me passer une commande pour la réhabilitation d’un appartement, la construction de la maison d’un membre de la famille ou tout autres opportunités qui font l’essentielle de la commande de démarrage des jeunes architectes.

J’ai donc été sélectionné sur plusieurs concours, et en 2004, j’ai remporté plusieurs projets avec des partenaires, dont un centre culturel, deux collèges et un bâtiment production et de restauration d’un Lycée, en Région Ile de France.

Fin 2006, j’ai été Lauréat des Nouveaux Albums des jeunes Architectes Français (NAJA 2006), prix remis par le Ministre de la Culture Français.

Aujourd’hui je continus de répondre à des marchés publics, d’être sélectionné à des concours avec à la clé, quelques réalisations dont la dernière livraison est la restructuration du bâtiment du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, rue Barbet de Jouy, dans le 7ème arrondissement de Paris, qui intègre le Restaurant Interministériel.

Depuis plusieurs années, en même temps que mes études, je m’intéresse au développement architectural du continent Africain. En effet, l’Afrique reste l’un des derniers bastions du développement urbain et architectural, je veux y croire et faire partie de cette aventure. Je regrette le manque d’intérêt sur le plan médiatique de ce qui se produit en Afrique et des slogans tels que « Africa is the future » apparaissent.

A - Pourquoi avoir choisi l'architecture?

M K - C’est une vocation qui remonte pratiquement à la préadolescence. Je pense que c’est indirectement issu de mes origines. En effet je considère que le peuple Comorien est un peuple de bâtisseurs par essence culturelle, issue de la tradition du « Grand mariage », qui oblige la famille à construire une maison dans le cadre du mariage de leur (s) fille (s). Ça a l’air un peu tiré par les cheveux, mais je crois profondément que c’est enfoui et que par conséquent je ne comprends pas bien pourquoi on construit si mal dans mon pays d’origine une chose qui constitue le fondement de la société. Les motifs sont toujours multiples, les Comores font partie de l’Afrique, et l’insularité de cette archipel ne l’a pas épargné de l’histoire et du sous-développement. J’ai donc des pistes de réponses, mais c’est un autre débat.

A - Vous avez grandi au Comores, comment votre culture influence-t’elle votre architecture? 

M K - Les Comores représentent en effet mon enfance. J’y suis née et j’y ai grandi jusqu’à mes dix ans.
J’ai quitté la grande Comore depuis l’âge de 10 ans et depuis je vis en France.

Concernant ma culture Comorienne, il est évident qu’elle influe sur mes sensations, ma perception et ma sensibilité. La précédente réponse sur le « pourquoi avoir choisi l’architecture » contient certains éléments de réponses.
Ce qui est profondément ancré en moi ce sont les lumières, celle du soleil mais également celle de la Lune, qui éclairait mes balades nocturnes lors des coupures d’électricités ou autres délestages. C’est sûrement la raison pour laquelle on appelle les Comores les Iles de la Lune : « Juzr Al Kamar » nom donné par les navigateurs arabes.
Il y’a également l’air, le vent, les alizés qui circulent entre les rues sinueuses des Médinas (aujourd’hui on appelle ça les principes« HQE » comme si on venait d’inventer le feu), mais aussi les matières qui vibrent sous l’effet de la lumière, l’architecture des places publiques, dit Bangwés, celles des Médinas, les ruelles étroites, les empilements aléatoires et imparfaits des constructions, les palais, les portes sculptés, la pierre volcanique sous toutes ses déclinaisons, etc.…

Mes origines influencent sur mon architecture au même titre que les cultures que je côtoie, les pays que j’ai visités, et aujourd’hui le Congo ou je construis. C’est notamment là toute la richesse des personnalités multiculturelles. C’est un acquis formidable que nous avons et qui est une plus value pour la création, le reste n’est que formation, technique et expérience.

A - Les architectes africains contemporains sont peu représentés sur la scène internationale et on ne parle d'architecture en occident généralement que pour évoquer l'architecture "vernaculaire" ou traditionnelle or une architecture africaine contemporaine existe, comment l'expliquez vous?

M K - En effet vous avez entièrement raison et c’est un malheureux constat que je fais également depuis plusieurs années.
Les raisons sont bien évidement multiples et parfois complexes. Je ne vais pas m’aventurer dans les raisons historiques mais elles sont bien présentes et cela mériterait tout un exposé avec des démonstrations objectives pour éviter de tomber dans les fantasmes de la victimisation. Quelques ouvrages existent, des thèses qui montrent la manière dont l’architecture Africaine s’est fabriquée au cours de l’histoire.

Le problème de la représentation des architectes africains contemporains sur la scène internationale vient également d’un manque de communication et/ou d’un manque de support de communication et en cela je trouve votre blog « constructif » et peut aider mettre en avant l’existence d’une architecture Africaine. Moi-même j’ai pensé créer une revue de l’Architecture Africaine ; « AA », zut c’est déjà pris…

Ensuite le discours réducteur sur l’architecture vernaculaire, traditionnelle sur les écoles dans les villages, les dispensaires, les marchées de villages etc.…, même si certaines de ces productions ont des qualités indéniables, elles sont les seules représentations qui nous sont données à voir sur le plan international, car il s sont souvent issue d’une démarche « humanitaire ». Il faut poursuivre la démarche sur ce type de construction, mais il faut surtout se mobiliser sur les constructions en milieu urbain, qui sortent totalement du schéma de ces constructions exemplaires, mais marque, en définitive de manière profonde, l’architecture du continent.
J’ai des exemples…

La non représentation ou communication sur la Ville Africaine équivaut à  nier la notion de « Cité » Africaine, et par conséquent la présence d’une civilisation. Car en effet la Cité, n’est-elle pas étymologiquement le lieu de la civilisation ?
Les seules représentations que l’on a l’Afrique Subsaharienne en particulier, c’est un énorme zoo à ciel ouvert, d’une savane sauvage peuplée de grands fauves, que l’on regarde le dimanche après-midi sous forme de documentaire animalier, commenté avec la voix apaisante de Pierre Arditti, lorsque ce n’est pas un énième documentaire sur les Guerriers Massaï, les gorilles, les tribus de pygmées ou encore les guerres et famines sur le continent noire.
Je ne fais pas de procès d’intention, le fait est qu’il est d’abord du ressort des Africains de redonner une autre image du continent.

A - Vous exercez en France depuis près de 10 ans, diriez vous que pour un architecte africain il est nécessaire de s'expatrier pour réussir?

M K - Je ne crois pas nécessairement qu’il faille s’expatrier pour réussir, sauf qu’aujourd’hui la plus plupart des architectes du continent sont formés en « occident ». Cela à une fois de plus des origines historiques mais également dû au déficit d’écoles d’architecture sur le continent.
Les temps changent, le continent Africain se développe réellement sur le plan urbain et je suis certain qu’à l’ avenir il ne sera pas nécessaire d’aller « partir » pour exister, à condition de développer in-situ les institutions indispensables à la formation des architectes sur le continent.

A - Quels conseils donneriez-vous aux jeunes architectes Africains venus étudier en Europe et qui souhaitent retourner sur le continent pour travailler au développement de celui-ci?

M K - Je leur dirais de foncer et d’y croire, comme j’ai entrepris de le faire, car l’avenir est là-bas. L’Afrique reste le contient à bâtir, peut-être autrement, mais sûrement. Les investissements sont de plus en plus nombreux, mais il ne faut pas croire que c’est une solution de facilité, bien au contraire, c’est aussi dure qu’en Europe, voire plus. Mais j’exposerai mon approche plus longuement sur les raisons des difficultés que l’on peut rencontrer.
La difficulté majeure résidant dans le changement des mentalités pour faire comprendre et intégrer la nécessité d’un Maître d’Œuvre et non d’un dessinateur, d’un architecte responsable de son projet de l’esquisse jusqu’à la livraison. Il y’a aussi des raisons conjoncturelles…

A - Les constructions modernes en Afrique s'inspirent largement du style et des matériaux que l'on retrouve en occident même si ces derniers ne sont pas toujours adaptés au contexte, alors que le continent dispose d'une large palette de matériaux et de savoir-faire locaux, qu'en pensez vous?

M K - C’est aujourd’hui un vrai problème qui a des origines profondes. Cette interview nécessiterait plusieurs pages pour tenter d’expliquer le pourquoi. Les raisons sont en effet multiples, toujours ancrés dans l’histoire et c’est pour cette raison qu’il est important de bien la connaître, malheureusement aujourd’hui encore, elle n’est absolument pas enseignée de manière générale ou mal. Au delà de l’histoire politique, peut-être pourrait-on développer un enseignement de l’histoire de l’art ou de l’architecture Africaine de manière plus large, car les sources d’inspiration sont infinies.

Ce « dysfonctionnement » va au delà de l’architecture, il est question de la perception de la Modernité Africaine par les Africains. Comprendre cela c’est déjà engager le travail sur les modes de vies et accessoirement parler de l’usage des matériaux locaux. Se poser la question de savoir qu’elle(s) image(s) a (ont) les Africains de leurs vies, de leurs modernités, de leurs envies et aspirations, c’est déjà tendre vers la réponse à la question ci-dessus que vous soulevez.

Concernant cette inspiration venue du Nord, il faut identifier plusieurs problèmes :
L’histoire et la manière dont elle influe sur les mentalités, afin de comprendre d’où vient cette « aliénation » (même si on connaît les grandes lignes) et notamment comment on peut s’en détacher.
La modernité telle qu’elle est perçue par rapport l’occident et telle qu’elle est vécue, car il existe une modernité Africaine.
La mondialisation et les images qu’elle véhicule. Une mondialisation qui n’est plus divisé entre Nord et Sud, mais qui dorénavant est également entre Est et Ouest, avec les apports de l’Asie, du moyen Orient, de l’Amérique du Sud, voire de l’Afrique du Sud.
-  L‘industrialisation : en effet l’usage des matériaux locaux doit nécessairement passer par une industrialisation  de manière à obtenir une large exploitation,  une normalisation, une large production, une diminution des coûts de production et donc des ventes induisant une large diffusion. 
- La normalisation induira une qualification au niveau de la production mais également au niveau de la mise en œuvre. Il faut donc former parallèlement des compagnons, des ouvriers, des poseurs, des techniciens, des commerciaux, développer des produits servant à leurs mise en œuvre et des techniques  prenant en comptes les spécificités contextuelles, à savoir socio-économique et géo-climatiques.
- Le soutient à l’initiative : il est indispensable que les initiatives privées soient soutenues par les états et les milieux financiers.

Bien que cela ne soit pas mon domaine, j’ai développé un projet « industriel » pour l’exploitation des matériaux locaux dans un pays d’Afrique dans lesquels je travail, bien évidement en cohérence avec les projets que je développe. C’est un projet qui peut se répéter et se décliner selon les contextes, les régions et les pays. C’est une démarche globale, un projet politique, économique et sociétal. Il n’attend qu’un soutien, via des partenariats notamment. Je ne suis architecte et je ne voudrais pas m’égarer seul dans une telle aventure.
 - Un projet politique : L’idée de l’usage des matériaux locaux doit nécessairement s’accompagner d’une volonté politique forte, induisant l’usage de ces matériaux dans les projets publics par le biais d’un cahier des charges « contraignant »…
C’est finalement une démarche stratégique, qui n’implique pas uniquement les architectes, mais qui doit englober de manière générale, un large consensus national qui intégrerait les intellectuelles de toutes sortes, les politiques, les chercheurs, les acteurs économiques, les industriels. Je confirme également que les exemples de cette usage doit d’abord être urbain et non seulement sur des écoles ou dispensaires dans des villages éloignés.
- Un développement durable : Je pense que nous sommes dans le bon timing grâce cette nouvelle conscience écologiste mondiale qui se traduit sur le plan international par les accords de Kyoto intégrant entre autres, la limitation des émissions des gaz à effet de serre.
Au lieu d’être une contrainte pour le continent Africain, je suis persuadé que le « développement durable » est une aubaine, favorable entre autres au développement des matériaux locaux, nous recommandant d’éviter ou de limiter les transports et autres dispositifs émettant des gaz à effet de serre.
Produire et consommer local est donc une fantastique opportunité de développer non seulement l’usage des matériaux locaux, mais également les économies locales et donc d’améliorer les niveaux de vies et ce, avec l’aval des bailleurs de fonds…
- Un style : Existe-t-il une (des) architecture(s) Africaine(s), dont je n’ai absolument pas la référence à un style, comme on pourrait l’avoir pour le Baroque, le Classique, le Modernisme, ou Néo-classique ? (largement rependu sur le continent pour ce dernier).
J’essaye d’ancrer mon architecture dans le contexte par une compréhension des modes d’usages, des cultures, des besoins mais également grâce aux matériaux locaux, et profitant de l’opportunité pour tester et mettre en place des « chantiers-école ».
Je ne suis absolument pas retissent à une ou des inspirations venues de l’occident, d’ailleurs ne suis-je pas moi-même issue directement d’une éducation et d’une formation architectural occidentale, Française en l’occurrence, comme la plupart des architectes Africains formés à l’étranger ? Je pense que le « style » Africain se mettra en place tout seul en fonction des inspirations, des mélanges, des voyages et des formations des architectes, et des désirs des clients. Mais il faudra aussi compter avec des architectes que l’on formera sur place sur le continent grâce aux écoles d’architectures qui s’ouvriront dans chaque pays.

-  Concernant la large palette des matériaux locaux, l’Afrique, l’un des continent qui détient le sous-sol le plus riche du monde, n’a pas que des minerais précieux ou du pétrole, il existe en effet une pléthore de produits surexploités dans le cadre d’une exportation de masse, dont l’usage interne dans les pays producteurs est quasi inexistant, tel-que les bois précieux, mais également des matériaux non exploités, tels que les pierres, qui constituent un réservoir aussi riche.
Quant-à l’usage direct et aux styles pouvant se décliner, il faut les réinterpréter de manière plus moderne, quitte à s’inspirer de ce qui se fait en occident, en les redessinant et en les mettant en œuvre selon des techniques éprouvées en attendant qu’un style spécifique, hybride, ne fasse sont apparition.
Quant aux savoir-faire, ils se peaufineront et se moderniserons parallèlement au développement économiques de ces mêmes matériaux pour naturellement sortir de la dimension artisanale. La formation et la qualification de professionnels de la construction est aussi importante que la formation d’architectes. Nous ne sommes pas grand-chose sans ouvriers qualifiés, compagnons, techniciens. Assurer la commande des entreprises permet de fidéliser des ouvriers qui acquerront une vraie qualification.

A - Selon vous pourquoi en Afrique les pouvoirs publics font ils souvent appel à des architectes étrangers, quand il y à des architectes sur place et comment faire évoluer les mentalités?

M K - Je ne connais pas les chiffres, donc je ne m’avancerais sur cette question. Le marché lié à l’intervention des architectes étrangers reste, selon moi, assez marginal, l’essentiel de la production architecturale se faisant au niveau du secteur privés et non au niveau des commandes publiques. Comme en France, la plus grande partie des constructions se fait sans architectes, même si c’est à l’échelle d’un continent.  Cela est certainement dû à la non-application des lois sur un marché largement « informel », car a bien regarder, les textes de lois sur l’architecture existe parfois.
Aujourd’hui la masse financière est concentrée sur la construction d’infrastructures routières ou énergétiques, également indispensables au développement, mais la production de bâtiments publics se développe, mais je confirme que cela ne sera jamais à l’échelle des constructions privées. Il faut certes que les pouvoirs publics donnent l’exemple mais c’est avant tout un travail d’éducation et de communication dans le secteur privé.

- Mais pour essayer d’esquisser une réponse, je dirais que cela est lié à plusieurs raisons, dans le désordre : au déficit d’architectes sur le continent proportionnellement au nombre d’habitants, au manque criant d’écoles d’architecture sur le continent, à un problème d’éducation sur le rôle de l’architecte, aux pouvoirs publics, à un manque d’une politique volontaire en général sur une vision de la ville. Vous avez certainement remarqué qu’il y’a toujours un programme sur la ruralité, la production agricole, la gestion des terres agricoles, certes indispensables, mais il rare voir inexistant de lire un programme politique sur le développement urbain. Pourtant le besoin est criant et nos villes courent à l’asphyxie, voir à la catastrophe.
Les villes concentrent souvent tous les maux d’un pays, la maladie, la densité, la pollution, mais également la vie, l’espoir, et parfois le bonheur. De ce fait, je pense qu’il faut demander à nos hommes politiques, lors des élections, puisque nous tendons tous vers la Démocratie, des programmes clairs sur leurs visions du développement urbain.

- Concernant le sort des architectes locaux, il est certain qu’ils n’ont certainement pas suffisamment de commandes pour exister de manière significatives, au delà des rares cabinets connus au niveau continental, or pour moi un diplôme ne suffit pas à faire de vous un architecte, seul l’exercice et l’expérience conforte le titre, au moins sur les bases. Et c’est en effet aux pouvoirs publics de donner l’opportunité et l’exemple, comme cela se fait ici en France.
Il faudrait également mettre en place les procédures effectives de mises en compétition, non pas uniquement des appels d’offres sur dossiers, chiffres d’affaires et autres, mais bien des concours d’architectures. Je suis certain que les cabinets Africains auraient une meilleure expertise, une meilleure compréhension et des réponses adaptées… cela étant les partenariats peuvent également s’envisager car il serait regrettable de ne pas bénéficier de l’expérience des uns et des autres.

In fine, je pense que les architectes implantés sur le continent devraient en effet être privilégié, après-tout la plupart sont formés en Europe ou en Amérique et d’autres dit étranger sont parfois des femmes et hommes originaires du continent, partis se former en occident et reviennent ou tentent de revenir. Ce qui est d’ailleurs mon cas.

- Avez-vous des projets pour votre île?

M K - Oui j’ai enfin réussit enfin à décrocher un projet aux Comores. J’ai en effet remporté le marché pour la construction de la Stèle Commémorative de la catastrophe aérienne du vol Yémenia en 2009, sur esquisse, je précise. C’est un projet « artistique » et paysager que j’ai souhaité. Une telle démarche n’est jamais très simple, car ce type de projet suscite tout naturellement énormément d’émotions et de douleur et il est très difficile voir impossible de trouver un consensus fort. Dans tous les cas, quelque soit l’échelle, je prends j’engage chaque projet avec autant d’envie et de rigueur.
Cette Stèle est une commande publique de l’Etat Français via le Ministère des affaires étrangères Française. J’aurais bien évidement préféré un bâtiment, ou un aménagement urbain, mais c’est un autre pas sur mon implication sur le continent.

Sur des marchés privés, j’ai en été sollicité et réalisé plusieurs études et aucune n’a abouti. Ne parlons pas des projets publics, je n’en ai vu aucun. Il y’a très longtemps, le gouvernement m’avait sollicité pour la conception d’un Centre de Conférence International à Moroni ; malgré mon engagement, rien n’a été concrétisé. Pourtant c’est un pays qui aurait vraiment besoin des compétences d’architectes or le nombre de professionnel sur place est plus que limité.

Il ne faudrait pas se limiter qu’a la seule « importation «  de devises provenant de la diaspora pour survivre, mais bien de la compétence, de l’expérience  de la communauté expatriée qui souhaite apporter son aide par des initiatives entrepreneuriales et non de « l’humanitaire ».
J’ai certes dépassé le mythe du retour au pays, mais je n’oubli pas d’où je viens et j’aspire toujours à apporter mon expérience dans mon pays d’origine, si on m’en fait la demande.


Andrienne Bambou Diagne

Les acteurs Ouest africains faisant carrière à l'internationale ne sont pas nombreux, les plus connus sont certainement Djimon Hounsou (Gladiator, Amistad, Blood Diamond), et Isaac de Bankolé ( the limits of control). Un cercle fermé donc, dans lequel une femme s'apprête à faire son entrée.
Il s'agit de notre focus du mois Adrienne Bambou Diagne dite "Bambou Simon"

Adrienne avant la première de
 "here comes the boom"
Adrienne Bambou Diagne est née au Sénégal d'un père militaire ( puis maire) et d'une mère institutrice. Aussi loin qu'elle se souvienne elle  à toujours été passionnée de danse et de théâtre, elle prenait des cours de théâtre au lycée et à même fondée une troupe de danse avec des amis dans les années 80 le Baccara Dance, au départ 6 la troupe s'est agrandie pour passer à une trentaines de danseurs . Mais elle se destine finalement à des études de sage femme qu'elle effectue à Dakar et sort Major de sa promotion, pour devenir à seulement 26 ans surveillante du service pédiatrie de l'hôpital de Louga. Mais son envie d'aider son prochain n'est pas encore satisfaite, en 1996 elle rejoint médecin sans frontière. Elle effectue sa dernière mission en 2005.

Aujourd'hui installée à LA depuis 6 ans, où elle est traductrice et travaille également pour une chaine de télé locale, elle revient en quelque sorte à ces premières amours, et endosse la casquette de comédienne pour son rôle dans "here comes the boom", le film d'une réalisatrice ghanéenne Gifty Adou-Darko. le première du film a eu lieu Samedi à L.A. 
Adrienne a accepté de répondre aux questions de AFRIKADAA.

AFRIKADAA - Sage-femme, anesthésiste, polyglotte, comédienne et surtout maman vous endossez plusieurs casquettes comment vous vous y retrouvez ?

Adrienne Bambou Diagne - Chaque activités a sa place et suit une certaine chronologie dans ma vie. Ici aux USA de nombreuses femmes et amies font de même (les Hockey Moms) et s'occupent tout aussi bien de leur famille, de leur intérieur et de leur carrière. C'est comme choisir un chapeau en fonction de ce que l'oporte et des circonstances, je m'adapte.
Mais ma famille reste ma priorité, j'emmène ma fille partout avec moi, du moins tant que possible, c'est pour pouvoir l'élever convenablement que j’ai arrêté de partir en mission avec Médecin sans frontière.

A - Vous aimez votre prochain et les défis votre passage chez MSF ( Médecins Sans Frontières) le prouve.

A.B.D - C'est vrai, j'aime découvrir, je suis une curieuse depuis l'enfance, ça peu aussi expliquer cette suractivité. Le monde, les gens sont ma passion, je me lance toujours des challenges. Je suis aussi casque-cou et sans réelle crainte, ma devise est " quand on veut on peut" avec juste de la créativité et de l'audace.

A - Aujourd'hui vous êtes à l'affiche de "Here Comes the Boom" parlez nous un peu de cette aventure?

A.B.D - Il s'agit de la vie des jeunes et de ces aléas et déboires, de la facilité avec laquelle on peut passer d'une vie bien rangée à celle de gangster, être confronté au monde de la nuit et de l'argent, au crime, à la dégradation des valeurs morales et religieuses.
Cette dégringolade n'est pas sans risque puisqu’ en définitive comme dit le titre "Here Comes the Boom, the Game of non return" la spirale entrainera des morts, des femmes perdues, la prison pour le King (le personnage principal) et ce qui reste de son gang.

A - Ce film est prévu pour être une trilogie et vous y tenez un rôle récurant, dites nous en plus.

A.B.D - Exact il s'agit de la première partie du film ou je joue le rôle de Mme Turner une femme très pieuse et la mère d'un des meilleurs ami du King (le chef de gang), Anwar Turner, interprété par un autre Francophone , un acteur camerounais, Piere Botnem. Anwar se fait tuer par une taupe qui veut infiltrer le groupe pour le détruire.

A - L'équipe du film est 100% africaine?

A.B.D - Oui 100% africaine et Gifty est la première femme africaine à LA qui a commence à produire des films dont le premier était "My Share in LA"

A - Après ce premier rôle quelle est la prochaine étape pour "Bambou Simon"?

A.B.D - J'ai pas mal de projets sur le grill, dont la création de ma propre compagnie qui servira l'art africain en général, des rôles dans 2 autres films ici a LA, et aussi la mise en œuvre d'un programme nutritionnel qui me tiens particulièrement à cœur pour la maternelle de mon ile chérie, Gorée, conçue avec la directrice Feu Mme Kambe et que je me suis promis mener à bout, j'ai également un projet de livre pour enfant en cours, une histoire de voyage.

A - C'était les Oscars hier depuis que vous êtes à L.A avez vous eu l'occasion de rencontrer des stars hollywoodiennes?

A.B.D - C'est drôle parce que les stars hollywoodiennes on les rencontre tous les jours dans la rue ou dans les activités que nous faisons, j'ai d'ailleurs croisé quelques petites célébrités comme, la maman de Beyonce lors de la présentation de sa ligne de vêtement , Courtney Vance ( le mari de Angela Basset qui a joué le rôle Tina Turner), lorsque je travaillais sur les projets de lutte contre le VIH/SIDA de l'association Save Africa's Children, ou encore Regina King lors de la campagne des élections de mi mandat au cours de laquelle je militais pour les démocrates. On les croise aussi souvent dans les parcs d’attraction de Los Angeles comme Disneyland et California Adventure, Universal Studio Hollywood…

A - Vous serez peut être bientôt une des ces vedettes hollywoodiennes, en tout cas on vous le souhaite, "Here Comes the Boom " sortira dans les salles dans un mois d'abord à LA ensuite dans le reste des États-Unis, en ce qui concerne la diffusion dans d'autres pays, des négociations sont en cours. L'aventure ne fait donc que commencer. Merci Adrienne pour cet entretient.




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