Scandale en terre sud-africaine: le portrait de Jacob Zuma


L'oeuvre de Brett Murray intitulé The Spear semble au premier abord esquisser un portrait élogieux et héroïque du président sud africain Jacob Zuma à la manière d'une affiche de propagande léniniste. Mais c'est en descendant le regard un peu plus bas que nous comprenons l'objet du scandale : le pénis apparent du chef d'Etat.

C'est bien là que le bât blesse si je puis dire, ce portrait aurait pu tout à fait convenir pour orner les locaux du siège de l'ANC (Congrès National Africain), parti majoritaire présidé par M. Zuma ou les lieux de la présidence si ce portrait n'exposait pas le président sous une couture encore jamais vue, du moins par la plupart de ses nationaux.

Murray explique The Spear comme l'illustration de l'identité et de la personnalité de Zuma sous trois aspects : celui de leader du parti majoritaire, Chef de la Nation et plus humblement, d'être humain.

The Spear, 2012 (peinture, acrylique)

Ce dévoilement de l'anatomie de Zuma n'est en rien anodin et semble plus qu'ironique voire, d'un lourd satirisme : Zuma est en effet connu pour ses frasques et phrases choquantes comme cette fois où il niait les allégations de viol d'une femme séropositive en affirmant qu'il avait prit une bonne douche « vigoureuse » pour se laver du virus ; ou encore pour ses multiples épouses qui sont estimées à 6 et qui l'auraient offert une progéniture d'une vingtaine d'enfants. Sa seconde épouse se suicidera après avoir indiqué dans sa lettre d'adieu « vingt quatre années d'enfer »

Ce chef Zoulou n'a aucunement honte de son héritage et l'on le voit aussi confortable dans des cérémonies traditionnelles accoutré d'une peau de léopard qu'en réunion du G20.
C'est donc cet être humain, cet homme gourmand de femmes et de pouvoir, qui est reflété par l'exhibition du pénis, la mise à nu de cet homme qui est lui même un scandale, une controverse acceptée.

The Spear qui avait été vendu 136 000 Rands et exposé à la Galerie Goodman à Johanesbourg, a été
retiré suite aux protestations de l'ANC.

Le porte parole de l'ANC a trouvé l'oeuvre dégoutante et insultante et insiste sur le fait que le parti ne souhaite en rien porter atteinte à la liberté d'expression artistique mais il condamne l'abus de cette liberté.

Une action en diffamation et atteinte à la dignité a été formé par Zuma à la Haute cour régionale.

L'ANC aura le soutien indéfectible des fidèles de Zuma si ce n'est celui de l'opinion internationale et du monde de l'art qui critique cette flagrante atteinte à la liberté d'expression artistique. En effet le scandale survient à partir d'un homme contesté et contestable mais aurait-il été possible pour un artiste de dépeindre, décrier une personnalité adulée de tous tel que Mandela?

L'art et la politiques: soeurs ennemies, amies rivales où l'une se veut dominer, contrôler l'autre et l'autre se veut dénoncer, ou soutenir avec subtilité ou flagrance la première, chacun en fera sa propre expression au final. 

.... Par Shari Hammond

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